Témoignages

Natalia Fernández-Ruiz

22 octobre 2014

Agglomération de Québec

Milieu de travail

Je venais de finir mes études universitaires quand je suis arrivée à Québec. Tout d’un coup, la ville m’a charmée. C’était novembre et la neige embellissait le paysage au style de cartes postales de Noël venant des pays nordiques jusque chez moi, la Colombie. Je ne pouvais croire que j’habitais dans un si bel endroit. Tout était calme, sauf pour les chutes des gens sur la glace! Mais la vie de l’immigrant n’est pas facile au début. Moi, une fille de 22 ans, graduée en communication sociale et journalisme, pleine d’énergie et des idées à apporter… Mais sans parler un mot de français! J’ai commencé mes études du français pour moi-même à la Bibliothèque Gabrielle Roy. Quand, après trois mois de mon arrivage, j’ai eu une place dans la francisation, j’ai passé directement au deuxième niveau. Ma motivation d’intégration était forte, mais j’avais beaucoup de peine à travailler comme plongeuse, femme de chambre et commis au service aux clients dans un restaurant, les premiers travaux à ceux que j’ai eu accès. Mes mains souffraient de blessures parce que je n’avais jamais fait un travail si physique et ma moral commençait à tomber, parce que, je me disais, j’étais une professionnelle de la communication sans l’outil le plus important: le langage. Et comme cela, je ne ressentais pas ma vraie valeur comme individu d’une société, qui participe activement avec son savoir-faire. Dans les fêtes de jeunes, je me sentais comme une petite fille qui commence à peine a balbutier. C’étaient des jours bizarres où le sentiment d’allégresse de découvrir un nouveau territoire, une nouvelle culture se mélangeait avec celui de la frustration sociale et professionnelle.

Mais après quelques expériences j’ai découvert que tout était question de temps. Que l’immigration n’est pas une expérience facile mais, elle est fortement enrichissante. Que j’avais la chance de connaître plusieurs regards autour du monde, de l’humanité. Que j’avais l’occasion de rencontrer une société québécoise où le respect et la confiance vers l’autrui sont déjà gagnés. Et cela m’a fait penser que l’humanité avait encore une autre nuance, que l’on avait encore de l’espoir en Colombie de changer le modèle de comportement, celui de toujours sortir profit des autres. Que si une société vivait dans le respect, cela voulait dire que l’on avait encore une issue au conflit.

Après quelques temps, j’ai commencé à photographier mon entourage en argentique que j’ai développé moi-même dans la chambre noire. Ce processus créatif m’a permis de connaître la ville à travers ses odeurs, ses ombrages, ses éclats, son ciel, ses traces du passé, images et sentiments qui revenaient de différentes façons au moment de faire les tirages dans la chambre noire. C’était comme une archéologie de sentiments que j’avais commencé à créer envers ma ville d’accueillie que j’ai commencé à ressentir comme la mienne et qui me manquait à chaque fois que je retournais en Colombie pour rendre visite à ma mère. Mon travail photo m’a amené à exposer plusieurs fois dans la ville et même dans le centre de la Province. Avec mon copain, on est partis explorer la géographie indigène de la Province et l’on a complété une série commencée dans le sud de l’Amérique, continuée au centre et finie au nord. Donc, on a fait toute une ligne verticale des géographies extrêmes du continent pour trouver que l’Amérique, avec toute sa riche diversité, est composée par un même peuple. Maintenant, je ressens que le Québec c’est chez moi de la même façon que la Colombie sera toujours chez moi. Que j’étais plutôt une citoyenne de notre continent et que le gens de tout le monde que j’ai connu aussi m’ont donné, chacun à sa façon, l’occasion de connaître aussi d’autres endroits du globe terrestre.

Aujourd’hui je me sens extrêmement chanceuse de faire partie d’une communauté multiculturelle, de vivre dans une société québécoise respectueuses et incluant. Je suis contente d’avoir développé mon côté créatif quand je me sentais mal à l’aise pour devenir aujourd’hui une photographe artistique et professionnelle qui gagne sa vie de façon autonome avec ses services photographiques dans son propre studio. Une photographe qui a eu les portes ouvertes pour partager son regard à travers des expositions, avec les gens de toutes les origines qui habitent au Québec. Une photographe qui a pris son élan de la main de professionnels québécois qui ont mis de la confiance dans mon travail malgré mon accent. Je peux dire qu’aujourd’hui je suis fière d’être d’ici et de mon pays, parce que le Québec et leurs gens ça fait longtemps qui ont trouvé une grande place dans mon coeur, ma création et dans ma mémoire poétique.